Douleur et ressentiment

Et s’il y avait un lien avec mes douleurs?

Pour débuter cet article, j’aimerais piquer votre curiosité avec une petite question.

D’après vous, suite à un accident de voiture, quel facteur parmis ceux-ci retardera le plus la guérison d’une personne :

  1. La force de l’impact
  2. La position occupée dans le véhicule
  3. La position de l’appui-tête
  4. Le fait d’être la victime d’un accident (l’accident est dû à une autre personne)

La bonne réponse vous surprendra probablement. En effet, les facteurs biomécaniques comme la vitesse de la collision influencent peu le risque de chronicité de la douleur. Ainsi, la bonne réponse est 4. Si vous êtes victime d’un accident, vous avez beaucoup plus de chances de rester avec des conséquences négatives à long terme que si vous avez vous-même provoqué un accident. Par exemple, il ne suffit que de penser aux personnes ayant causés des accidents alors qu’elles étaient en état d’ivresse : le plus souvent, la victime subira beaucoup plus de dommage.

Si vous êtes comme moi, vous vous demandez sûrement la question suivante : «Pourquoi les victimes d’un accident récupèrent moins bien que les autres?».

Voici donc ma réponse à cette question : parce que les victimes sont victimes. En fait, parce qu’elles sont victimes, elles développent davantage d’amertume et de ressentiment.

Je sais, vous vous dites sûrement que j’exagère et que j’extrapole. Toutefois, je vous mets au défi de continuer votre lecture pour bien comprendre mon point de vue.

Pourquoi un physiothérapeute parlerait-il d’amertume? En effet, je ne suis pas psychologue. Toutefois, comme plusieurs de mes collègues, j’ai régulièrement remarqué que la douleur était intimement liée au ressentiment.

Si mon expérience subjective ne vous suffit pas, laissez-moi vous convaincre par la science. De cette manière, vous ne trouverez pas mon article trop ésotérique. 

Tout d’abord, des chercheurs d’une étude menée en 2016 s’interrogeaient sur les facteurs pouvant nuire à la récupération des personnes ayant subies un traumatisme. Or, 12 questions permettaient de connaître les risques de chronicité. De ces questions, notons par exemple celle-ci : « Avez-vous de la colère dirigée vers une personne? ». Or, vous l’aurez possiblement deviné : si vous répondez par l’affirmative, vous êtes plus à risque de voir vos douleurs persister. Ainsi, les gens manifestant de la colère étaient plus à risque de chronicité.

Vous n’êtes pas convaincu? Laissez-moi poursuivre avec une autre étude publiée en 2013. Cette fois-ci, je résumerai cette étude par un exemple. En allant au centre d’achat par une belle journée d’été, vous marchez sur une surface mouillée et vous chutez sur le dos. Le commis du magasin venait tout juste de laver le plancher, mais vous n’aviez pas vu d’avertissement mentionnant que le plancher était mouillé. Mais quel imbécile que ce commis! Si vous êtes aujourd’hui en béquilles, c’est de SA faute. 

Pour les thérapeutes et les chercheurs, ce phénomène est appelé le sentiment d’injustice perçue. Or, dans ces circonstances, l’intensité de la douleur et les symptômes de dépression augmentent. Ainsi, parce que vous attribuez la responsabilité de votre blessure à une autre personne et parce que votre situation est injuste, vous aurez plus de douleur. 

Plusieurs autres études ont aussi démontré l’importante influence de nos attitudes et sentiments sur nos douleurs. Toutefois, je vais m’arrêter ici et je vais revenir au vif du sujet : l’amertume. 

Nous avons tous vécu des blessures infligées par les autres, nous rendant amers. Or, nous avons tous une même réaction initiale naturelle face aux situations difficiles : vivre du ressentiment, de la colère ou de l’amertume. Malheureusement, l’amertume nous entraînera vers d’autres pensées négatives. Ainsi, nous ruminons nos mauvaises pensées. Nous devenons critiques et négatifs. Avec le temps, nous devenons prisonniers de notre ressentiment. 

Je sais, vous vous dites peut-être que vous n’êtes pas amer. Pourtant, avez-vous déjà pensé à vous venger? La poursuite judiciaire vous effleure l’esprit? Pensez-vous souvent que vous êtes la victime d’une situation? À quelle fréquence vous mettez-vous en colère contre les autres? Êtes-vous devenu critique au sujet des autres? Peut-être êtes-vous simplement devenu insensible ou méfiant? Bref, ces quelques questions pourraient peut-être remettre en surface votre amertume. 

La solution à l’amertume : le pardon.

Je sais, vous venez sûrement tout juste de tomber de votre chaise. De nos jours, ce mot n’est pas très à la mode. Si notre patron nous a blessé, nous changeons d’emploi. Si un vendeur a été impoli, nous changeons de magasin. Si notre conjoint nous a insulté, nous le quittons. Ainsi, nous n’avons plus à pardonner. Toutefois, pendant ce temps, l’amertume continue de nous ronger et nos douleurs persistent. 

Néanmoins, pardonner ne signifie pas de rester dans une situation d’abus. Ainsi, si vous subissez de l’abus, vous pouvez utiliser vos droits pour changer la situation. Par exemple, si votre patron vous insulte régulièrement malgré les avertissements, vous pourriez le pardonner ET changer d’emploi. Cesser de subir l’abus d’une personne n’empêche pas le pardon.

Lorsque quelqu’un nous blesse, notre sens de la justice demande que cette personne paie pour le tort qu’elle nous a causé. Or, si la personne ne paie pas, l’amertume s’installe. En pardonnant, nous devons accepter de vivre avec les conséquences des actes de quelqu’un d’autre. Cela nous semble injuste.  Malheureusement, le pardon est coûteux : c’est de renoncer à une forme illusoire de contrôle. Toutefois, la récompense en est encore plus grande. 

Le pardon est une action volontaire : vous avez ce choix! 

Je n’ai pas la prétention de dire que cet article résoudra tous vos problèmes. Toutefois, si cet article s’applique à vous, peut-être que ces simples principes pourront vous guider vers une situation meilleure.

Références

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SCOTT, W. et al. Anger differentially mediates the relationship between perceived injustice and chronic pain outcomes. Pain, v. 154, n. 9, p. 1691-8, Sep 2013. ISSN 1872-6623.

SPEARING, N. M.; CONNELLY, L. B. Is compensation « bad for health »? A systematic meta-review. Injury, v. 42, n. 1, p. 15-24, Jan 2011. ISSN 1879-0267.

WALTON, D. M. et al. An Overview of Systematic Reviews on Prognostic Factors in Neck Pain: Results from the International Collaboration on Neck Pain (ICON) Project. Open Orthop J, v. 7, p. 494-505, 2013. ISSN 1874-3250.

WALTON. The Traumatic Injuries Distress Scale: A New Tool That Quantifies Distress and Has Predictive Validity With Patient-Reported Outcomes. J Orthop Sports Phys Ther, v. 46, n. 10, p. 920-928, Oct 2016. ISSN 1938-1344.

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1 réponse
  1. Esther Turgeon dit :

    J’aimerais tellement envoyer cet article a toutes les personnes accidentées de la route. C’est tellement vrai.

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